Qu’est-ce que la Haute Sensibilité ?

 La Haute Sensibilité, selon le Dr Elaine Aron, est un trait stable de la personnalité. C’est une classe d’intensité de la sensibilité générale partagée par tout humain. Ce concept a très peu de choses à voir avec l’hyperesthésie médicale ou bien encore l’”hypersensibilité” vue comme une pathologie acquise.

Beaucoup de personnes qui se voyaient traiter d’hyper sensibles (avec plus ou moins de bienveillance), se revendiquent désormais  « zèbres » et/ou « atypiques » et/ou « hauts potentiels », mais sans qu’il soit toujours possible de définir précisément de quoi il s’agit. Or, il s’avère qu’un des points communs de ces personnes « atypiques », serait leur difficulté à « être heureux ».

Suffisamment d’ouvrages sont construits et développent abondamment cette idée, pour qu’elle ne soit pas plus approfondie ici.

Qu’est-ce qu’un individu « atypique » ???

Une personne douée d’hypersensibilité ? d’une pensée en « arborescence » ? d’une intelligence hors norme ? est-ce une personne ayant de grande capacités de concentration ? de compréhension ? d’analyse ? de mémorisation ? d’une sensibilité et d’une réceptivité affective hors du commun ? d’une lucidité sur la finitude de la vie humaine ? est-ce une personne doué d’une sensibilité aux risques frisant la clairvoyance ? ou …. tout à la fois. Finalement, la notion vague de « Haut Potentiel » recouvre un grand nombre de profils et ne permet d’identifier pas grand chose.

A l’exception bien sur des Hauts Quotients Intellectuels. Puisque le QI se mesure maintenant aisément. Le test WAIS4 fait l’unanimité scientifique. Un HQI est un individu qui a un résultat supérieur à 130 à ce test. Mais l’intelligence est multiple et ne peut être réduite à un QI.

Pour en revenir aux atypiques, il semble que le point commun de ces individus, dont rappelons que seule la partie qui demande un accompagnement professionnel est identifiée (puisque ce sont eux qui se font identifier en cabinet psy). Donc, leur point commun, semble être qu’il leur est difficile de faire une demande précise, au delà de l’expression d’un mal-être, né de la sensation de n’être pas « comme tout le monde ». 

Pourtant de nombreux atypiques se reconnaissent des capacités intellectuelles « différentes », mais aussi une hypersensibilité souvent handicapante. Qu’en est-il ?

Dans les années 90, le Dr Elaine Aron (Psychologue et Docteur en philosophie) a systématiquement et très précisément, étudié la question de l’hypersensibilité (traduction française de  Hight Sensibility Person, qui se traduit également Personne à Haute Sensibilité). Des chercheurs ont depuis poursuivi ses travaux et confirmés ses résultats.

Elaine Aron définit la haute sensibilité, comme une facette de personnalité innée. C’est à dire comme une caractéristique présente dès la naissance. Ce trait de personnalité  fait donc partie de votre codage génétique, si vous êtes concerné. Et non, comme un trait d’une hypersensibilité acquise au cours d’un traumatisme qui vous aurait éventuellement profondément marqué  (il est bien sur possible de cumuler les deux en cas de traumatisme avéré).

Ce trait de Haute Sensibilité peut pourtant être considéré comme « normal » (au sens de norme) puisqu’il se trouve de façon régulière chez 20% de la population globale. Se répartissant de la même façon chez les filles et les garçons. Normal, car 20% c’est une proportion trop importante pour que ce soit considéré comme étant un trouble. Mais 20%, ce n’est pas assez pour que tout le monde comprenne spontanément de quoi il s’agit. 

Et ce trait semble être une caractéristique naturelle du vivant, puisqu’on le trouve aussi chez la plupart des espèces animales dans les mêmes proportions.

En effet, 20% des individus d’une centaine d’espèces observées par les biologistes, présentent ce trait de haute sensibilité innée.

Cela représente sans aucun doute une stratégie évolutive efficace. Car intégrant la captation et le traitement d’une plus grande quantité d’informations sensorielles, en amont de tout passage à l’action, cela permet d’envisager la mise en oeuvre de stratégies différentes.

Est-ce que cela pourrait être croisé avec les 20 à 30% de la population définie comme des créatifs culturels ? La question est ici simplement posée comme ouverture de réflexion possible.

Elaine Aron a précisément identifié 4 facettes particulières caractérisant les  Personnes à Haute Sensibilité (Hight Sensibility Personnes).

– le traitement large et profond de l’information

– la sensibilité aux détails

–  la surstimulation et la saturation

– l’émotivité et l’empathie

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord, cela n’est pas qu’une source de difficultés. Sauf si ces facettes là sont particulièrement dévalorisées dans une culture donnée.  … comme c’est le cas dans la culture occidental, à l’exception des artistes.

Hormis ce cas de figure, de dévalorisation de la sensibilité, posséder ce trait de personnalité n’est pas un problème. Le problème, c’est d’ignorer ce que cela implique au quotidien, à la fois dans les comportements et les besoins, et dans le feed back qu’en reflète un environnement particulier.

Qu’est ce que cela entraine d’être une personne hautement sensible ?

1 – Un traitement large et profond de l’information : Ce n’est en rien une différence qualitative, mais plus une différence quantitative. Globalement, si vous êtes concernés, vous avez un système nerveux central qui fonctionne  de façon un peu plus sensible. Et surtout qui met un peu plus les informations en lien les unes avec les autres, que celui des autres 80% de la population.

2 – Une sensibilité aux détails subtils.

Globalement, on peut dire que l’information doit être redondante pour qu’un individu l’intègre au niveau cognitif. C’est toute la stratégie de la publicité, qui répète à l’envie des messages très courts.

Pour les personnes à haute sensibilité, une information n’a pas besoin d’être redondante pour être perçue et traitée. Ce qui en fait potentiellement des personnes très réceptives à la notion de risques.

3 – Une émotivité et une capacité d’empathie importantes

Inutile de développer beaucoup cet aspect lié à l’émotion, qui est l’une des deux grandes demandes d’accompagnement. Trop émotive, trop sensible, trop sensible à la souffrance des autres, etc…
Les reproches faits aux personnes à haute sensibilité sont souvent accompagnés de « trop ». En effet, les émotions ne sont pas communément appréciées dans notre culture occidentale. Et pire, elles sont le plus souvent mal venues.
Pourtant, les émotions sont un fonctionnement organique vital à la survie et à bien d’autres fonctionnements humains, dont notre chère rationalité cartésienne (mais que je n’explorerais pas ici. Cf Antonio Damasio pour ceux que cela intéresse).
L’émotivité s’avère plus intense chez les personnes à haute sensibilité, entre autre, par la pondération qu’elle ajoute au traitement de l’information sensible.

En ce qui concerne l’empathie (compréhension de ce que vit émotionnellement une autre personne), c’est une caractéristique qui est également plus développée chez les personnes à haute sensibilité.
Il s’avère que ce trait d’empathie est de mieux en mieux compris désormais, depuis la découverte des neurones miroirs.

4 – Une  surstimulation ou saturation plus rapide

C’est la capacité à être en saturation et/ou en difficulté dans un contexte de surstimulation, là où d’autres personnes ne seraient pas gênées. La sensibilité au bruit semble être une constante. Cette surstimulation est la 4ème caractéristique qui découle en partie des 3 autres.

En effet, la capacité à trier les informations collectées dans l’environnement est une question de survie chez tout organisme vivant. Cela permet de prendre les bonnes décisions en fonction de l’environnement dans lequel il se trouve, et en fonction de son intention (manger, se reproduire, se cacher, etc.). Le tri se fait au niveau du système de traitement de l’information sensible et nous n’y avons pas accès consciemment.  Aucun cerveau ne pourrait, ni ne supporterait de traiter l’ensemble des informations présentes autour de nous et qui viennent à nous par nos sens.

Or, les personnes à Haute Sensibilité collectent et traitent plus d’informations que la majorité de la population. A la fois par leur traitement profond, la sensibilité aux détails, par leur émotivité. Il semble de plus qu’elles soient dotée d’une réflexivité interne, ajoutant une strate d’informations à traiter.

Cette sensibilité particulière peut être passionnante et nourrissante dans une activité artistique, ou dans une interaction qui se construit sur un mode complexe.

Mais elle peut-être source de stress important, voire d’angoisse paralysante, si vous êtes observés ou chronométrés lors d’épreuves ou d’entretiens à enjeux (comme un entretien d’embauche ou lors d’un
concours).

Pour finir et en écho à l’introduction, qui rappelait la somme d’ouvrage qui traite de la difficulté des atypiques à être heureux. La Haute Sensibilité pose la question du traitement que l’on accorde à la sensibilité dans notre société.
Les atypiques ne seraient pas doués pour le bonheur peut-on lire au fil des ouvrages et des articles spécialisés. Il faudrait ainsi les aider à s’adapter….

Mais si l’interrogation était portée sur la place, le respect et la valorisation qui sont apportés à l’empathie, à l’émotion, à la sensibilité, au traitement de l’information non redondante, à la créativité, à l’individualité, au sens…. Le quotidien serait certainement bien différent pour au moins 20 % de la population.

Alors en attendant que les choses changent, rappelons que présenter les traits de personnalité d’hypersensibilité/de haute sensibilité, n’est pas un problème en soi. C’est de ne pas savoir ce que cela implique au quotidien et ne pas connaitre les aménagements à réaliser dans sa vie, qui en est un.

On en reparle très bientôt  🙂