S’amuser à goûter ce que l’on mange

Quel est donc le sens d’avoir des sens si on ne goute pas les aliments ?

Hummm… ça c’est une question presque philosophique :-). Mais c’est un peu LA question qui se pose dans chaque cuisine, dans chaque assiette, à chaque repas.

Souvent sous l’effet du stress, du désintérêt ou de la répétition quotidienne, le repas est réduit au minimum… genre un sandwich, un plat tout prêt ou la sempiternelle pizza du coin de la rue.

Ok. Pourquoi pas de temps en temps ? Mais la prochaine fois que vous mangez votre sandwich, votre plat tout prêt, goutez le vraiment 🙂

Identifiez ce qui vous plait dans le fait de manger un sandwich. Il y en a de nombreuses. Identifiez les raisons qui vous ont fait acheter ce plat préparé, plutôt qu’un autre. Et amusez-vous à y identifier les saveurs que vous reconnaissez et que vous vous attendiez à y retrouvez… ou pas.

Quand on est sujet à la prise de poids, à l’insatisfaction chronique, au mal-être, il peut être incroyablement important de passer un peu de temps à reconnecter attention, sens et interprétation qu’en fait le cerveau.

Est-il pertinent de manger ce truc que je ne reconnais pas ?

Nous avons des sens extrêmement développés, car l’acte alimentaire est une activité complexe qui implique absolument tous les systèmes de l’organisme vivant que nous sommes. C’est le processus par lequel « il » absorbe et métabolise son environnement extérieur.

Ainsi, s’alimenter est l’activité qui permet à votre organisme, de fonctionner en toute autonomie, de s’auto-réguler et de se réparer, en trouvant l’énergie et tous les éléments dont il a besoin afin d’être actif dans son environnement. Bref, d’être vivant ! 🙂

Les sens de la vue, de l’odorat, du goût, du toucher, sont là afin d’informer votre système de décision sur la pertinence ou pas d’intégrer cette matière.

EXERCICE  : OSER GOUTER CE QUE L’ON MANGE

A force de ne rechercher que des saveurs « agréables » et « réconfortantes » on en vient à manger comme un enfant avec des « j’aime » et « j’aime pas » en ne sachant plus toujours pourquoi on n’aime pas ce que l’on ne mange plus !

Retrouvez votre âme d’explorateur et partez à la découverte de l’information précieuse que vous donnent vos sens.

Choisissez un aliment que vous n’aimez pas et goutez le ! écrivez sur un papier les sensations et impressions que vous donne le fait de l’avoir dans la bouche

Est-il pertinent de manger ce truc que je n’aime pas ?

Vous n’aimez pas l’amer ? Vous n’aimez pas l’acide ?

Effectivement, ces saveurs peuvent nous informer sur les caractéristiques d’aliments qu’il pourrait être dangereux de consommer. Par exemple, l’acidité acquise par un yahourt trop vieux, nous informe qu’il ne faut pas le consommer. De même, la forte amertume des baies sauvages, nous empêchent de les picorer en nous promenant, car nous serions très malades si nous le faisions. Ce qui n’est absolument pas le cas des oiseaux.

Est-ce que tout ce qui est sucré est bon ?

Globalement, pas mal d’aliments de consommation courante ont une saveur acide ou amère : les agrumes, la bière, le vin, le chou de Bruxelles, le chocolat noir, le celeri, l’endive, et bien d’autres.
Ce sont des aliments extrêmement utiles et utilisés lorsque l’on pense selon les concepts de la Médecine Traditionnelle Chinoise, mais il faut bien reconnaitre qu’ils sont mal aimés et souvent modifiés par l’agro-industrie occidentale. Ainsi, ajout de sucres et de saveurs artificielles et nous voilà en train de consommer des bières qui ressemblent à des sodas, ou des vins aromatisés dont on ne reconnait plus le goût du vin…. Néanmoins, peut être que la saveur amère des alcools nous permettait justement de ne pas en abuser. 
Ainsi, l’industrie agro-alimentaire n’a de cesse de s’amuser avec nos sens. Ok, plutôt que de nous en plaindre, je vous propose de vous amuser à votre tour avec elle, en faisant régulièrement cet exercice simple et délicieux. Je donne ici l’exemple du chocolat, mais vous pouvez le faire avec absolument n’importe quel aliment, du moment où vous avez un choix préférentiel.

Vous préférez le chocolat au lait au chocolat noir ? Et bien, identifiez pourquoi en goutant vraiment chacun des carrés de chocolat. Faites en une méditation. Fermez les yeux, prenez un carré de chocolat noir et ressentez ce que vous n’aimez pas. Ecrivez-le.  Peut-être allez vous trouver des aspects qui vous sont agréables.

Puis prenez un carré de chocolat au lait, fermez les yeux, laissez-le fondre dans votre bouche, et écrivez ce que vous ressentez de la même façon.

Cet exercice va vous permettre de retrouver du discernement et la fluidité de l’information donnée par vos sens.

Bien sur, comme tout, cela ne va pas se faire en une fois. Mais comme c’est plutôt agréable comme exercice, j’espère que vous allez renouveler l’expérience 🙂

Vous pouvez aussi faire cet exercice avec les odeurs… Et quand on sait que le bulbe olfactif est presque le prolongement direct des neurones, c’est une belle séance de sport olfactif que d’identifier ce qui nous semble désagréable lorsque nous nous confrontons à une odeur.  C’est tout le sens de la méditation olfactive (article en cours :-)).

Apprendre à se connaître dans les paramètres de ses préférences alimentaires est une incroyable aventure, puisqu’il y a une telle diversité qu’absolument aucun être humain n’est similaire à un autre (c’est quand même incroyable quand on y pense !).

Alors cette diversité en soi, il est précieux que l’on retrouve les moyens de l’interroger et de l’apprécier. 

« Si on ne cherche plus à manger ce qui est agréable au goût, on peut goûter la vraie saveur de tout ce que l’on mange.
Il est facile de servir des aliments simples d’une nourriture naturelle sur la table du repas, mais ceux qui peuvent vraiment aimer un tel festin sont peu nombreux ».
Masanobu Fukucka – La révolution d’un seul brin de paille. p145